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Anguish (Çile)

        ANGUISH

Allegro

There descended a voice from the realms lost:
“This man shall drag the void along his nape!”
Suddenly the roof overhead was tossed
The day a crack letf the heavens agape.

All hell broke loose, I saw from my window;
It came true: the old witches’ augury:
Eternal life a gauze on his arrow,
The hunter of the skies took aim at me.

It burnt my life’s gem at once to ashes
When I felt the arrow’s flaming venom;
Grappling with death as in headlong crashes,
My inmost mouth spewed out my cranium.

Like a tiny teapot, the world convulsed,
Bearings burned out void lay helter-skelter,
Fact and fantasy alike were repulsed,
Wisdom and folly went out of kilter.

A sledge beat on the anvil of my head
Into my bed, my last resort, I curled.
A specked hen, as the aurora bled,
Made a gift to me of a brave new world.

This is an odd world that baffles the sage
Where place is surface and time illusion.
The universe builds us a fleeting stage
Where mankind is duped into delusion.

What are you? Even if you’re real. go away.
Hurry, blindness; rush, false eye, come over.
Let your shapes settle in my soul and stay,
My land and master, my friend and lover.
Adagio

Month after month I roamed broken, aghast:
My soul was a cauldron that my mind drained;
With the madmen’s town one horizon past,
My brain’s fantasies were bridled and chained.

Why do all things in the distance dwindle?
In eyeless dreams who gives me piercing sight?
Why the dance of time in the globe’s spindle?
I crave wisdom to see my life’s twilight.

Thoughts burn as vitriol in the wound’s grail
Clinging like leeches to the brain’s membranes.
Hail, most majestic of agonies, hail,
Magic log that blooms as it sears and pains.

Guide me, I implore, where my riddle gapes;
Layers of heavens, tear down your mystery.
Mothers’ prayers, fail and tum into drapes;
Carve out a scepter for me, ancient tree.

Even to killers sleep offers its rest
And quilts cover up the godless and all.
Others suck nectar from its soothing breast.
But comfort’s spring hands me a sand-filled bowl.

Is it the madness of dreams that I sipped
A shrapnel burst in search of its secret?
Seized by spasms on the vines, satyr’s lust gripped
A plucked skull ith the ants’ palace in it.

Cell by cell, a scorpion stung my brain;
I ran from season to season. I know
Neither the stake nor the rack gives more pain
Than the savage torture of the mind’s woe.
Andante

My soul looms a knot that no one can break:
Why this fear of death, why the tears I shed?
Frightened, under fathomless skies I shake,
What is there in distances that I dread?

Horizons drift, sly as a fox in flight;
Roads coil and recoil like entangled seams.
The wizard who conjures my dreams each night
Now lures me with the blue light that he beams.

Why vent your vengeance on me, sorceress?
What black fume is that raging in your lair?
Into my poisoned, bleeding brain you press
A deathly sword sharp as glass, thin as hair.

Dictionaries, find a word for my plight!
A name that all men can identify.
You, my ragged garments, hold my hand tight.
You, mirrors, divulge to me: Who am I?

Or, tell me, am I perhaps one of those
Mythic heifers on whose horns stands the earth,
A plot earmarked by the builder of woes,
Banished from life, condemned to pain and death?

I sag like a soft tender butterfly
That carries the mountains on its frail wings,
A speck of dust pregnant to the whole sky,
From which my gargantuan anguish springs.

Neither lies can devise nor truth conjure
The desing I see with closed eyed only
I search in vain: There is not in nature
So much ascent and descent as in me.
Finale

In the dead of night suddenly I fall
Into the dark ditch of life’s true nature
And solve the most baffling riddle of all
The riddle of time past and time future.

Open. sesame, open! The gates swung:
An atlas couch, our heavenly father,
Crystal palace where bright chandeliers hung,
Sacred edifice of endless matter.

Atoms had a carnival, wined and dined.
And rays of light danced and pranced all around.
Forms were intricate and life intertwined
I saw God, who is Unknown though renowned.

The world bulged as the ocean at flood tide,
Swelling and rising, nearly drowning me.
A glitter on the water where all paths hide,
And the sense of eternal life at sea.

Come, union and harmony, redeem me:
I can no longer play the phantom’s part,
Hand over verse-making to the pigmy,
I now set my sights on the supreme art.

To soar beyond is my burning desire,
Distance is my crop and time my gold mine;
It’s to Milky Way that I aspire,
And the pearls of fathomless lakes are mine.

Kneel before me, Fate, and forsake your night;
My bag bulges with causes rolled in one;
You are the root where all branches unite.
I crave everlasting life from now on.

   Translator: Talât S. Halman, Obtained from Hece Mag.

L’homme  Le Pélerine Noire_Necip Fazil Kisakurek

L’homme  Le Pélerine Noire_Necip Fazil Kisakurek

 

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Quelqus Mots Sur La Carrierre Et Les Œuvres

Quelqus Mots Sur La Carrierre Et Les Œuvres

Necip Fazıl Kısakürek
Necip Fazıl Kısakurek est né à Istanbul le 26 Mai 1904 « dans une grande résidence, située dans l’une des rues descendant vers Sultanahmet, à Çemberlitaş » selon ses propres mots . Il a fait ses études dans de différentes écoles et a complété ses études à l’Ecole de la Marine.
Il a fait ses études d’abord à Istanbul, ensuite il est parti pour Paris où il fréquenta les cours de la Sorbonne. Il a poursuivi ses études pendant un an à Paris, en obtenant une bourse d’étude accordée par le Ministère d’Education Nationale (1924 – 1925). Après son retour en Turquie, il travailla comme fonctionnaire et inspecteur dans les banques (1926-1939) à Ankara et à Istanbul ( 1926-1939). Professeur et académicien à l’université d’Ankara et à l’Académie des Beaux-Arts (1939-1943). Ecrivain et journaliste dans les différents journaux et revues ( 1943- 1983.) Il a enseigné à la Faculté de Langues et Histoire – Géographie et au Conservatoire d’Etat à Ankara et à l’Académie des Beaux – Arts à Istanbul (1939 – 1943). À partir de cette date, il a abandonné le fonctionnariat pour gagner sa vie comme écrivain et éditeur de revue.
Necip Fazil Kisakurek est mort à Istanbul le 25 Mai 1983 dans son domicile à Erenköy, après une longue période de maladie, pendant laquelle il n’était pas empêché d’écrire ni de continuer ses activités intellectuelles, et il fut enterré au cimetière d’Eyüpsultan.
* * *
Poète, romancier, dramaturge, nouvelliste, scénariste, essayiste et journaliste, il est unique en son genre. C’est un poète mystique et exalté, une âme pleine de douleurs et de souffrances. Il atteint dans certains passages de son œuvre à une grande profondeur. On l’a considéré même de son vivant comme « le sultan des poètes ». Il a essayé de saisir les mystères de l’au-delà, de la  raison et de la conscience. Il écrit son art poétique.
Poussé vers la littérature par une passion de lecture, Necip Fazil affirme débuter « sa vie de poète à l’âge de 12 ans » en évoquant le souvenir de sa mère hospitalisée qui avait exprimé le désir de le voir devenir poète en lui montrant, lors d’une de ses visites le cahier des poèmes composé par une jeune fille tuberculeuse » partageant la chambre d’à côté à l’hôpital.
« Le désir de ma mère m’a paru comme une chose que je portais en moi-même sans m’en rendre compte jusqu’à 12 ans. C’est ma raison d’être, la sagesse elle-même… En regardant la neige tomber et le vent souffler violemment par la fenêtre de l’hôpital, j’ai secrètement décidé en moi-même: je serai poète ! Et je le suis devenu»2 écrit-il plus tard.
Dans ses vers, il s’est servi de la métrique de la poésie française moderne et il a manié la langue turque en virtuose. Dès 1943 il écrit surtout comme métaphysicien rigoureux.

La poésie de Necip Fazil est le représentant d’un art idéaliste et spiritualiste. Il a joué un grand rôle dans le développement de la poésie turque, en utilisant au plus haut degré des données mystiques. Les sujets qu’il a traités dans la poésie ont des rapports trop liés avec ceux de son théâtre. Ce sont en général, le sentiment du péché, le remords, la destinée et la volonté, les rapports entre la raison et les sentiments, le combat entre le matériel et le spirituel, la recherche de l’inconnu, la tentative de dépasser les limites de la raison , le désir d’atteindre les secrets de l’au-delà.
En outre, en tant qu’écrivain et journaliste dans les différents journaux et revues ( 1943 -1983), Necip Fazil a publié la revue hebdomadaire «Ağaç » (L’Arbre) (1936, 17 numéros), revue littéraire et artistique ; et la revue «Büyük Doğu» (Grand Orient ) revue littéraire, intellectuelle et artistique, religieuse et politique (1943 – 1978). «Buyük Doğu» parut parfois en tant que hebdomadaire, parfois en tant que quotidienne et parfois en tant que mensuelle, avec des interruptions jusqu’en 1978.
Nous souhaitons que les deux poèmes dont nous présentons la traduction en français ci-dessous puissent procurer   aux lecteurs le plaisir
que le poète lui-même y trouva.
***
SES ŒUVRES:
Poésie :
Toile d’araignée (Ôrumcek Ağı) (1925); Les Pavés (Kaldırımlar) (1928); Moi et l’au – delà (Ben ve Ötesi) (1932); La Caravane de l’infinité (Sonsuzluk Kervanı (1955); Çile (Souffrance) (1974); Şiirlerim (Mes poèmes) (1969); Salutation, (Esselâm) (1973).
Pièces de théâtre :
Le Grain, (Tohum) (1935); Créer un homme (Bir Adam Aaratmak) (1938); Pierre de patience (Sabir Taşı) (1940); L’Argent (Para) (1942); Nam-ı Diğer Parmaksız Salih (l’homme de surnom « Salih sans doigt) (1949); Monsieur le Juge (Reis Bey) (1964); Ahşap Konak (Résidence en bois)

(1964); L’homme à la pèlerine noire, Siyah Pele-rinli Adam, 1954; Younous Emré (1969); Le turban sanglant, (1970);
Romans, Nouvelles, Essais:
Mensonge dans le Miroir (Aynadaki Yalan) (1980); Carte d’identité, (Kafa Kağıdı), (1984); Les Romans de scénario, (1972); Quelques Histoires, Quelques Analyses, (Birkaç Hikâye Birkaç Tahlil) (1932); Nouvelles des troubles d’âme, (Ruh Burkuntularından Hikâyeler) (1964); Mes nouvelles, (Hikâyelerim) (1970). La Symphonie au cheval, 1958; La Sublime Porte, 1975; La Tissure d’idéologie, 1968; Le Pèlerinage, 1974; Les faux – héros, 1984; Les Grands opprimés, 1966; Les 33 grands saints, 1974; Lui et moi, 1974.

Les Paves

Les Paves

I

Je suis dans la rue, tout seul, dans une rue déserte
Je marche tout au milieu de la rue sans regarder en arrière
Là où mon chemin va vers l’obscurité
Comme si je voyais une ombre qui m’attendait

Les cieux obscurcis sont couverts de nuages gris cendrés
Les foudres menacent les cheminées des maisons
Tout le monde s’endort dans les ténèbres, excepté deux compagnons
L’un c’est moi, l’autre ce sont les pavés vagabonds

Une crainte se manifeste dans mon for intérieur
Les géants se sont installés à tout coin de la rue
De tout côté les maisons tournent leurs vitres noires sur moi
Les maisons ressemblent aux aveugles dont les yeux sont crevés

Les pavés, mère des solitaires ayant des soucis
Les pavés, c’est un homme vivant en moi
Les pavés, quand tout est silencieux on n’entend que leur voix
Les pavés, c’est un langage familier pour moi

Ce n’est pas à moi qu’il incombe de mourir dans un lit moelleux
Je suis l’enfant nourri de ces pavées. A Dieu ne plaise
Que l’aurore ne se lève pas dans cette rue ténébreuse
Que mon voyage ne prenne pas fin dans cette rue ténébreuse

Que nous allions, moi et le chemin ; que nous allions, moi et le chemin
Que les réverbères coulent en vitesse de deux côtés comme une fleuve
Que les chiens affamés entendent le son de mes pas
L’arc de triomphe sur mon chemin, c’est l’ombre des arcs en pierre

Que je ne voie ni le jour ni rien d’autre ; qu’on ne me voie plus au petit matin
C’est à vous le jour; c’est à moi les ténèbres
Je veux m’envelopper dans la nuit comme une couverture mouillée
Enveloppez-moi des ténèbres fraîches, enveloppez-les sur moi

Je veux m’étendre sur les pierres de tout mon long
Et rafraîchir mon front brûlant avec ces pierres toute froides
Je veux m’abandonner à un sommeil aussi mystérieux que les rues
Et mourir sur ces pavés, moi qui suis leur compagnon amoureux

(1927)

Chanson Immortelle

     Chanson Immortelle

En tant qu’étranger on est arrivé ici-bas
On s’en va également à l’au – delà
Ne pense plus à la maison ni aux enfants
Afin que cette chanson immortelle soit chantée de lèvre en lèvre

     (1962)